Ennéagramme Base 6 : Quête de sécurité

La Base 6 en quatre concepts clés :
Loyal, Vigilant, Inquiet, et Soupçonneux

Entre confiance et méfiance

Les individus de Base ennéagramme 6  ont tendance à se sentir en insécurité chronique, comme si la vie ne leur avait jamais apporté suffisamment de stabilité, comme s’il y avait ni dans leur univers intérieur, ni dans le monde extérieur, de point d’ancrage ou de certitude qui pourrait servir de base solide à la confiance. La fixation ennéagramme de la Base 6, « doute et suspicion », est donc profondément et fondamentalement de nature existentielle. Elle est liée à la présence d’un noyau paranoïaque plus ou moins important, un nœud serré d’angoisse, une inquiétude quasi-permanente, associée à un désir à la fois puissant et profond de trouver quelque chose ou quelqu’un d’assez stable auquel il soit possible d’accorder sa confiance.

Les diverses stratégies employées pour faire face aux questions fondamentales de la Base 6 sont évidemment de nature très différentes, mais elles sont toutes des manifestations de la même angoisse sous-jacente. C’est l’intensité de l’énergie avec laquelle les personnes de Base 6 affrontent cette problématique confiance/méfiance qui la différencie des autres Bases qui, après tout, veulent aussi trouver quelque chose ou quelqu’un dans lequel placer leur confiance, quelque chose dans laquelle on peut croire. Les questions qui se posent à la Base 6, sont alors, à certains égards, fondamentales, puisqu’elles font partie des préoccupations élémentaires communes à tous les êtres humains. En revanche, elles constituent pour cette Base 6 l’axe central du travail sur soi, puisqu’il s’agit d’apprendre à vivre avec l’incertitude, à la surmonter et à la dépasser, sans succomber à la peur et sans la nier non plus.

Compte tenu de cette dynamique essentielle, il n’est pas surprenant de constater que les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes en Base 6 consistent à trouver le juste réglage de contraste entre la foi et le scepticisme, la confiance et la méfiance, le respect envers l’autorité et la vigilance par rapport aux abus de pouvoir. Tous les 6 partagent ces questions mais ils y répondent de multiples façons, faisant de cette Base ennéagramme 6 la plus complexe et variée de toutes les Bases ennéagramme, et très certainement la plus difficile à décrire avec précision.

Besoin d’un point d’ancrage

 

En Base 6, le centre mental est utilisé dans une recherche frénétique de certitudes. A un niveau inconscient, ils pensent que lorsqu’ils trouvent une « chose sûre, » ils peuvent alors calmer leur angoisse et atteindre un semblant plus que nécessaire de « repos de l’esprit. »

Il est important à ce stade de préciser que cette quête de sécurité propre à la Base 6 résulte de la combinaison entre une croyance inconsciente qui pourrait être : « le monde est dangereux tant qu’il est imprévisible » associée à une peur inconsciente d’être incapable de garder sa place dans ce même monde. Ainsi, se considérant à la fois comme dépourvues de point d’ancrage et comme n’étant pas à la hauteur pour affronter toutes seules un monde dangereux, il devient donc primordial de chercher à intégrer une structure, un cadre, un groupe… stable et bien organisé au travers de normes biens définies.

Loyauté

 

Bien souvent, la fidélité marquée au groupe (famille, entreprise, système socio-culturel, église…), à ses normes et à ses codes est entretenue par une peur très forte d’en être banni, raison pour laquelle certaines personnes de Base 6 affichent une dévotion zélée confinant quelquefois à une forme de bigoterie, dépourvue d’esprit critique. La stratégie consiste dans ce cas à s’identifier et à incarner de façon très claire : les normes, les codes, les croyances et les systèmes de pensée du groupe en question et à les considérer comme étant autant de vérités absolues.

Par ailleurs, la recherche de sécurité au travers de certitudes, peut impliquer que ceux qui ne partagent pas ces certitudes sont des hérétiques. Certaines personnes en Base 6 peuvent alors être amenées à se méfier de ces personnes là – puisqu’ils représentent des éventuels « traîtres » en puissance, capables de déstabiliser le système – ou bien à les convertir puisqu’ils se trompent, ou bien encore à les combattre puisque l’existence même d’un avis contraire fait ressurgir l’angoisse liée à la possibilité que la certitude si durement acquise ne soit pas la Vérité.

Le désir de solidité, combiné à leur méfiance généralisée, donne lieu à une relation compliquée avec ceux qu’ils considèrent comme étant des figures détentrices de l’autorité. Le côté de la Base 6 qui est à la recherche de quelque chose dans laquelle croire, est souvent très sensible à la tentation de faire allégeance à une source externe d’autorité, un individu ou bien une croyance. Mais simultanément la tendance au doute et à la suspicion œuvre contre la foi en l’autorité, et en résulte  souvent une attitude extrêmement rebelle face à toute forme d’autorité. Ainsi coexistent deux forces opposées dans cette Base 6, deux injonctions paradoxales qui pourraient être formulées ainsi : « Tu ne peux pas t’en sortir tout seul et donc il te faut être protégé, mais saches que tu ne peux faire confiance à personne et qu’il te faut donc être vigilant ». Soulignons enfin que la position d’un individu donné sur cette dichotomie « Soumission/Rébellion » est variable dans le temps et en fonction des contextes.

Certaines personnes de Base 6 ne trouvent jamais de groupe ou de figure d’autorité qui convienne à leur nature dubitative. Celles-ci tendent alors à s’enraciner dans des loyautés plus personnelles : loyauté envers la famille, en particulier les enfants, ou à leurs amis proches ou encore à des causes. En règle générale, les 6 ont tendance à former de solides liens interpersonnels. En effet, parmi les aspects les plus attrayants que l’on reconnaît aux personnes de Base 6 on notera l’honnêteté et la fidélité qu’elles savent montrer à ceux qu’elles aiment. Se sentant elles-mêmes profondément fragiles, elles trouvent un certain réconfort à témoigner à d’autres un soutien constant et sans faille. Les 6 savent faire preuve de persévérance quand il s’agit de leurs relations personnelles et ils peuvent donner d’eux-mêmes de façon désintéressée, c’est à dire sans attendre de récompense et avec peu de besoin de reconnaissance.

Le thème de la loyauté reste donc, comme tous les autres sujets centraux relatifs à la Base 6, plein de contradictions, aussi est-il tout à fait possible que sous l’effet d’un sentiment d’insécurité grandissant, un individu de Base 6 s’en prenne soudainement et de façon apparemment irrationnelle, à la personne présumée responsable de leur insécurité du moment et que cela se traduise par actes agressifs de rébellion et de déloyauté. Les 6 pouvant ainsi s’en prendre à l’objet déclencheur de leur insécurité, il est inexact de dire qu’ils sont « loyalistes ». mais plutôt qu’ils ont un complexe d’infériorité concentré autour de la dynamique de fidélité.

Projection

De nombreuses personnes de Base 6 sont naturellement enclines au doute et au questionnement de soi. La peur d’être déviant, de ne pas penser, agir ou ressentir selon les normes en vigueur et le risque que cela provoque une mise en marge de la société ou du groupe, est ici une préoccupation centrale. Chez certains individus, cette dynamique interne est projetée à l’extérieur, ce qui peut s’opérer de diverses façons.

Tout d’abord, le mécanisme de défense dénommé projection, peut consister chez la personne en base 6 à attribuer à quelqu’un d’autre la responsabilité d’un sentiment ou d’une action qui lui est propre mais qui pourrait être considérée comme étant une forme de déviance. S’il s’agit d’un sentiment, par exemple « j’ai la sensation que Monsieur Dupont n’est pas fiable », cela pourra être verbalisé par « Je sais qu’il n’aime pas les règles », il y a une forte tendance à « la lecture de pensée ». S’il s’agit d’une action, celle-ci peut-être reformulée comme étant en fait une réaction, il peut ainsi y avoir souvent un recours à la justification s’appuyant sur une cause externe, souvent non spécifique « je le devais », « il le fallait »… qui est en fait une référence à une règle ou à une norme considérée comme étant acquise et partagée par tous (puisqu’il s’agit d’une Vérité Absolue) alors qu’il s’agit généralement d’une perception tout à fait subjective de la réalité.

Le mécanisme projectif peut aussi être utilisé par la Base 6 dans le but de se rassurer sur la validité de ses propres croyances en testant celles des autres. Ainsi les 6 sont connus pour adopter volontiers la position de l’ « avocat du diable » ou celle du « grand inquisiteur ». Il n’est pas rare, par conséquent, que des représentants de la Base 6 aient tendance à questionner, débattre et contester les opinions et croyances de ceux qui les entourent. Parfois, cette stratégie réussit à forcer leurs interlocuteurs à préciser leur position ou à chercher un terrain d’entente avec eux. D’autres fois, cependant, cela ne résulte qu’à transformer l’interlocuteur en un adversaire qui se sent justifié de répondre agressivement à ce qu’il perçoit, ce qui peut être compris comme étant une attaque.

Agressivité

Cette posture de questionnement, qui est avant tout, chez les personnes en Base 6, la résultante d’une attitude défensive, est souvent perçue comme une agression par ceux qui en sont l’objet. Les 6 qui adoptent cette approche sont souvent perplexes face à la quantité d’animosité qu’ils suscitent. S’estimant beaucoup plus durs envers eux-même lorsqu’il s’agit d’évaluer la validité de leurs propres croyances et actions, ils ne parviennent pas à comprendre pourquoi les autres « sur-réagissent » ainsi. En général, les personnes de Base 6 ont tendance à être très conscientes de la réactivité agressive des autres et beaucoup moins de la leur. Comme elles sont portées par leur propre incertitude intérieure, elles ont tendance à ignorer qu’elles se comportent de façon agressive et à ainsi éloigner celles et ceux avec qui elles aimeraient bien se lier d’amitié.

Enfin, il n’est pas rare que le questionnement projectif ait pour but de tester la « solidité » de l’interlocuteur, afin de vérifier s’il saura être un protecteur au cas où la situation deviendrait réellement dangereuse. On peut observer à cette occasion des personnes en Base 6 formulant des affirmations en apparences protectrices comme « n’aies pas peur », « ne t’inquiète pas », « fais-moi confiance », qui sont en fait autant de reformulations d’un état interne de stress : « j’ai peur », « je suis inquiet », « je me méfie de toi », et qui appellent en fait une réponse rassurante de la part de l’interlocuteur.

Intuition

La capacité à douter de la Base 6 prend sa juste place lorsque elle est utilisée pour découvrir ce qui est erroné ou manquant. Les personnes qui font du 6 supposent, à juste titre, qu’il y a plus de choses dans une situation donnée que ce qui est présenté en surface, et ils veulent savoir ce qui se trouve en dessous, ils veulent connaître comprendre les tenants et aboutissants. Ainsi, ils ont souvent un talent intuitif pour détecter ce qui est caché. Ils savent débusquer le danger potentiel dans une situation, ils cherchent intuitivement la faille dans un raisonnement ou les défauts dissimulés par une apparence extérieure agréable. A cet égard, on dit souvent qu’ils ont comme un « sixième sens ». Cela signifie que les gens qui font du 6 sont généralement doués pour comprendre et résoudre des problèmes, qu’il sont talentueux dans les débats d’idées, et qu’étant à la fois loyaux et tenaces ils s’avèrent être de très bons porte-paroles et défenseurs de causes et d’idées nobles.

L’hyper-vigilance chez les personnes en Base 6 repose sur la croyance que si elles sont au courant de tous les dangers inhérents à une situation, elles peuvent s’armer contre eux. Une fois de plus, cette vigilance est essentiellement une manœuvre d’ordre défensif. Malheureusement, elle peut être la source de bien des maux, la tendance à chercher des problèmes peut conduire à s’inquiéter inutilement, au catastrophisme ou, dans les cas extrêmes, à l’idéation paranoïaque  : « si tout se déroule comme ça, alors c’est signe de mauvaise augure… » Il est donc important pour les personnes en Base 6 de prendre conscience et de se distancier de cette tendance à se concentrer uniquement sur ce qui pourrait mal se passer, et de réaliser le nombre de souffrances infondées que cela engendre. En outre, une telle habitude consistant à voir le verre « à moitié vide » peut renvoyer aux autres une image de personne essentiellement pessimiste, pouvant être difficile à supporter au quotidien.

Rapport à l’autorité

Les individus de base ennéagramme 6 sont très souvent au fait des relations de pouvoir et de la dynamique sous-jacente dans une situation donnée. Ils sentent intuitivement qui a le pouvoir, qui le veut, qui va l’utiliser, qui en abuse, et ils sont souvent ceux qui détectent un déséquilibre ou une injustice là où d’autres voient simplement le statu quo.

 

Comme ils ont facilement tendance à se sentir comme étant eux-mêmes en position de victime, ils s’identifient souvent à l’opprimé et peuvent même s’investir dans la défense pour les droits des victimes d’abus de pouvoir. On retrouve de telles personnes engagées dans les organisations syndicales, dans les mouvements féministes, dans la lutte anti-discrimination mais on en trouvera aussi certaines dans parmi les opposants au droit à l’avortement ou au mariage homosexuel et parmi les intégristes religieux, car, comme tous les autres profils ennéagramme, des personnes en Base 6 peuvent être présentes sur toutes les sensibilités du spectre politique. Ce n’est pas tant que tous les 6 sont impliqués ou concernés par la politique, mais, qu’en tant que représentants de la Base 6, leur attention a tendance à être orientée vers la dynamique du pouvoir et les risques d’abus, ce qui peut souvent les pousser à prendre des positions tranchées quand il s’agit de questions sociales, morales, spirituelles ou culturelles.

Les enfants 6 sont très sensibles et peuvent être gravement blessés par les abus de pouvoir perpétrés à leur encontre par leurs parents ou par les enseignants. Comme des situations pouvant être vécues comme telles sont monnaie-courante, rares sont les 6 qui n’y ont pas été confronté de plein fouet à un âge précoce. Cette perception de la prévalence d’une autorité injustement punitive a tendance à sédimenter dans l’esprit des individus en Base 6 et à les accompagner encore longtemps après qu’ils aient atteint l’âge adulte ce qui tend à colorer l’ensemble de leurs relations ultérieures, en particulier celles dans lesquelles ils perçoivent l’existence d’un déséquilibre de répartition du pouvoir en leur défaveur.

Phobie et Contre-Phobie

C’est donc généralement à un âge très jeune et en réponse à un exercice illégitime, inéquitable ou insensible de l’autorité, que les 6 adoptent une stratégie de défense pour faire face à leur anxiété et pour aborder les relations de pouvoir déséquilibrées.

Certains vont adopter une approche essentiellement phobique. Les 6 dits « phobiques » sont généralement conformistes, coopératifs, et dévoués. Ils s’efforcent d’éviter d’être l’objet d’une attention excessive et tentent de désamorcer les tensions en apparaissant comme « sans danger ». L’idée est ici d’éliminer toute forme de déviance pour faire disparaître tout risque de bannissement ou d’agression.

D’autres individus de Base 6 adoptent la stratégie diamétralement opposée, dite contre-phobique qui consiste essentiellement en une prise de position de défiance contre quiconque ou contre tout ce qu’ils trouvent menaçant. Il s’agit de ces personnes en Base 6 qui prennent en charge les rôles d’autorité ou qui adoptent une attitude de « casse-cou », une approche téméraire, en fonçant vers le danger. Elles peuvent être agressives, et adoptent fréquemment une posture rebelle ou anti-autoritaire. La contre-phobie étant une forme de négation du danger, ces 6 sont le plus souvent totalement inconscients que c’est la peur qui motive leurs actions. Pour les 6 contre-phobiques, la tension intérieure engendrée par le fait de vivre avec leur angoisse, est plus grande que la crainte d’une menace extérieure à laquelle ils pourraient être confrontés. S’ils adoptent une attitude d’opposition ou se jettent à corps perdu dans la bataille, c’est parce qu’ils considèrent que plus vite ils auront affronté une situation, plus vite l’anxiété liée à l’inconnu disparaîtra.

Il est important de noter, toutefois, que si ces attitudes phobiques et contre-phobiques semblent diamétralement opposées, les deux sont motivées par la peur ou l’anxiété. La règle à retenir à cet égard étant que le noyau interne de tous les 6 est de nature phobique. La « contre-phobie » se réfère à une différence de comportement manifeste, parfois une différence très frappante en effet, mais la motivation sous-jacente n’en est pas moins la peur. Par ailleurs, si l’on trouve parfois dans la littérature ennéagramme écrit que certains individus de Base 6 semblent avoir une approche privilégiée ou dominante qui colore l’ensemble de leurs relations avec le monde, l’immense majorité des 6 adoptent en réalité une approche alternativement phobique et contre-phobique, raison pour laquelle il semble impropre de parler de « 6 phobiques » et de « 6 contre-phobiques » comme étant des mécanismes psychiques distincts. Ces personnes « permutent » entre les deux modalités, pour ainsi dire, en fonction de la quantité de stress qu’ils éprouvent.

Peur et Angoisse

Dans l’ennéagramme classique, la passion (problématique émotionnelle) associée à la base Six, c’est la peur, le vice est celui de la lâcheté et la vertu correspondante est le courage. Comme avec tous les libellés associés aux Bases ennéagramme, ils doivent être compris ici avec une signification distincte de ce qui est communément entendu lorsque l’on emploie ces termes dans leur définition courante. Soyons clairs, beaucoup de 6 ne sont pas plus lâches que la moyenne des individus appartenant à une autre Base. Lorsque l’on considère le terme en fonction de son usage courant, et la plupart des comportements contre-phobiques seraient même considérés comme « courageux » si l’on se tient au sens des mots selon leur usage commun.

Afin d’obtenir une meilleure compréhension sur ce point, il est nécessaire d’avoir une compréhension plus précise des termes clés dans la théorie de l’ennéagramme. Jusqu’à maintenant, nous avons décrit la Base 6 en utilisant les termes « anxiété », « angoisse » et « peur » de façon relativement interchangeable, mais à ce stade, il est important d’affiner notre définition. La peur est toujours associée à quelque chose de précis, à un danger qui nécessite notre attention. La peur est la réponse naturelle et souvent utile que nous éprouvons face à une menace extérieure. C’est ce qui déclenche notre attitude instinctive de « combat ou fuite ».

L’anxiété et l’angoisse sont des émotions de nature essentiellement existentielle et afin de mieux les comprendre, il est peut-être utile de nous tourner vers les philosophes qui ont fait un sujet d’étude central. Kierkegaard définit l’angoisse comme étant le « vertige qui saisit la conscience quand elle est confrontée au néant ou à sa liberté absolue ». En ce sens, l’angoisse est un sous-jacent, omniprésent, de la condition universelle de l’existence humaine. Contrairement à la peur, elle n’est liée à aucune chose précise, mais à l’obligation de l’être conscient d’avoir à faire des choix dans un monde dont le sens et les buts échappent à notre compréhension, et qui apparaît comme étant essentiellement hostile. Pour reprendre Kierkegaard : « l’angoisse est celle de la liberté, de la possibilité de choisir entre le bien et le mal sachant que le péché originel met l’homme en situation de permanente culpabilité ». Symboliquement, on peut considérer que le point 6 de l’ennéagramme constitue ainsi un point de perte de « confiance fondamentale » dans la bonté de l’univers, et se traduit par une incapacité au « lâcher prise », source de leur sur-activité cérébrale.

C’est cette émotion d’angoisse qui caractérise le plus directement l’état du noyau émotionnel de la Base 6 et non pas des peurs plus immédiates et plus factuelles, qui sont assez souvent tout simplement conscientisées et gérées. En fait, cette inquiétude bouillonnante, cette boule d’angoisse, cette anxiété grandissante, pousse le 6 à chercher dans son environnement un objet ou une personne pour en avoir peur, la peur étant beaucoup plus facilement gérable que l’angoisse puisque reliée à l’objet tandis que l’angoisse est de nature existentielle et subjective.

Certaines personnes de Base 6 subissent la déferlante de leurs angoisses et de leurs peurs. Certaines d’entre elles se contentent d’un semblant de courage, tentant de trouver la paix de l’esprit en se convainquant de la vérité absolue de quelque système de croyance. À cette fin, elles s’entourent d’une cohorte de personnes partageant ce système, tout en projetant leur part d’ombre inavouée sur ceux avec lesquels elles sont en désaccord. Il y a aussi celles qui choisissent de se sur-identifier dans le rôle du « rebelle » et d’adopter une position de défi et d’opposition contre tout ce qui existe, ce qui assez souvent résulte à engendrer de la négativité et du chaos.

De nombreux 6, à l’opposé, vivent une vie d’intégrité, dans laquelle ils savent reconnaître et accepter l’existence de leurs peurs et de leurs angoisses tout en manifestant leur véritable vertu de courage qui consiste à refuser d’y succomber et à y faire face. Du point de vue d’un observateur externe, ces personnes peuvent sembler bien banales, mais, dans la mesure où elles refusent la solution de facilité et ne cèdent pas à l’impulsion archaïque de leur Base, elles démontrent une victoire tranquille sur leurs démons intérieurs. Ces 6 ont développé une sorte de force vers laquelle les autres se tournent instinctivement dans les moments difficiles. Ils sont fiables et l’on peut compter sur eux pour aller jusqu’au bout et faire preuve de leadership quand un danger réel menace car ils ont été capables de vaincre au préalable tant de dragons imaginaires. Ayant développé un certain degré de maîtrise de leur univers intérieur, ils peuvent désormais maîtriser l’environnement externe.

Il y a enfin quelques 6 qui atteignent une véritable libération. Ces 6 manifestent presque invariablement un sentiment de solidarité avec leurs frères Humains – et ils se mettent à considérer presque toutes les personnes qu’ils rencontrent comme étant un proche parent. Une personne en Base 6 ainsi libérée affiche une sorte d’insouciance humaine qui est vraiment une source d’inspiration, une grandeur subtile qui n’a que leur modestie comme équivalent.

Résumé du profil de Base Six

Source : http://www.promouvoir-enneagramme.com/index.php?rubrique=3041

Les Niveaux épanouis

Niveau 1 (à leur meilleur) : Ils s’affirment, ont confiance en eux et en les autres ; indépendants mais interdépendants symbiotiquement, ils coopèrent sur un pied d’égalité. Leur foi en eux-mêmes leur donne un vrai courage, une pensée positive, le leadership, et une expression d’eux-mêmes épanouie.

Niveau 2 : Capables d’obtenir des réponses émotionnelles des autres, ils sont vraiment attirants, inspirent l’affection, l’amitié ; et sont affectueux. Il est important pour eux de créer des liens avec les autres, de développer des relations et des alliances durables.

Niveau 3 : Dévoués aux individus et mouvements en lesquels ils croient profondément, ce sont des  bâtisseurs de communautés : responsables, fiables, dignes de confiance. Ils travaillent dur, persévèrent, se sacrifient pour les autres, créant stabilité et sécurité dans leur monde, apportant un esprit de coopération.

Les Niveaux moyens

Niveau 4 : Ils investissent leur temps et leur énergie dans ce qu’ils pensent être sûr et stable. En organisant et en structurant, ils recherchent alliances et autorités pour la sécurité et la continuité. Constamment vigilants, ils anticipent les problèmes.

Niveau 5 : Pour résister à ce qu’on exige trop d’eux, ils réagissent contre les autres de manière passive-agressive : ils deviennent évasifs, indécis, prudents, repoussant au lendemain, ambivalents. Extrêmement réactifs, anxieux, négatifs, ils donnent des signaux contradictoires et ambigus. Leur confusion interne leurs fait réagir de manière imprévisible.

N
iveau 6 : Pour compenser leur insécurité, ils deviennent sarcastiques et belligérants, blâment les autres pour leurs problèmes, prennent des positions dures contre les étrangers. Extrêmement réactifs et défensifs, ils divisent les autres en deux camps : ennemis et amis, pendant qu’il cherchent les menaces à leur propre sécurité. Autoritaires bien qu’ayant peur de l’autorité, extrêmement soupçonneux mais conspirateurs, ils instillent la peur pour calmer leurs propres peurs.

Les Niveaux pathologiques

Niveau 7 : Ayant peur d’avoir détruit leur sécurité, ils paniquent, instables, s’auto déprécient avec un fort sentiment d’infériorité. Se sentent sans défense, ils recherchent une autorité forte ou une croyance pour résoudre tous leurs problèmes. Créant la dissension, ils sont très dépréciateurs et réprimandant des autres.

Niveau 8 : Se sentent persécutés, pensant que les autres veulent « les avoir », ils explosent et réagissent irrationnellement, faisant ressortir ce dont ils ont peur. Fanatiques et violents.

Niveau 9 : Hystériques, cherchant à échapper à la punition, ils s’autodétruisent et se suicident. Alcooliques, drogués, « sur une mauvaise pente », ils s’abaissent. Correspondent en général à des troubles de la personnalité du type passif-agressif et paranoïaque.

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