Les Centres dans l’Ennéagramme

La théorie de l’Ennéagramme suggère que sur la base de chacun de nos 3 instincts primaires, nous développons très tôt dans l’enfance, sous l’effet de l’apprentissage, 3 ensembles de mécanismes d’adaptation, que l’Ennéagramme nomme « Centres », et dont l’utilisation va influencer la manière dont :

  • Nous percevons
  • Nous ressentons
  • Nous décidons
  • … et donc nous réagissons (mécanisme de boucles successives).

De l’Instinct d’Auto-conservation au Centre Instinctif de l’ennéagramme

Situé dans notre cerveau reptilien, le centre instinctif cherche avant tout à préserver notre être. Il veille à assurer notre sécurité et notre survie physique et psychologique.

Pour échapper aux dangers de l’existence Il s’agit ici d’opérer un choix défensif : action ou inaction ? (= attaquer/fuir ou s’immobiliser?).

Pour réaliser ce choix, le centre instinctif se livre à une comparaison entre le passé et le présent : face à une situation, il recherche des situations similaires du passé et les actions qui ont alors été jugées efficaces. Il stocke aussi nos valeurs, nos certitudes et nos croyances les plus profondes.

Il fonctionne donc par réactivation rapide de réflexes conditionnés et pour cela s’appuie sur une bonne « mémoire ». Si aucune solution satisfaisante n’est trouvée, alors il va falloir faire preuve de créativité et de vitalité pour inventer une nouvelle stratégie, cette créativité n’étant ni réfléchie ni planifiée, il s’agit d’un acte instantané.

Lieu de l’énergie, de l’action dans le monde, il permet donc la créativité dans l’action, la spontanéité et la coordination physique. Ainsi, le centre instinctif est le lieu où réside notre énergie et notre motivation pour agir.

Tout ceci résume un fonctionnement très réactif, être en contact avec ce centre c’est considérer que les problèmes sont extérieurs à soi-même et vouloir accomplir quelque chose pour contrôler la situation et garantir la survie.

Face à son incapacité à contrôler en permanence son environnement, les autres ou lui même, le centre instinctif est le siège d’une forte colère, présente en permanence, et qui peut être soit exprimée, soit refoulée soit réprimée, en bref, une énergie qui vient des tripes.

La question clé ici est « Comment ? » (…survivre, gérer ma colère, agir…).

De l’Instinct de relation à l’Autre au Centre Emotionnel de l’ennéagramme

Situé dans notre cerveau limbique, le centre émotionnel est, comme son nom l’indique le lieu des émotions et de l’affectivité, donc celui du désir et des relations.

On peut considérer l’émotion comme une réponse intérieure (un ressenti) à une interaction avec l’environnement, avec une ou plusieurs personnes, ou avec nous même. Le centre émotionnel est donc avant tout une affaire de lien (à soi, ou aux autres).

Les émotions sont par définitions idiosyncratiques, c’est à dire propre à chaque individu, c’est d’ailleurs pour cela qu’il est si difficile d’en donner une définition précise. Si deux personnes ressentent du « bonheur », rien ne nous permet pour autant de dire qu’elle ressentent exactement la même chose.

Les émotions sont fugaces, nous pouvons avoir des sentiments durables pour quelque chose ou pour quelqu’un, mais les émotions varient sans cesse en parcourant les variantes d’un même thème et en changeant d’intensité. L’émotion n’existe que dans l’instant, dans le Présent.

On va ici évaluer le sens et l’intérêt des choses (la vie, les projets, les relations) en fonction des émotions qu’ils suscitent. La relation étant au centre, il s’agit d’être apprécié et aimé par les autres, aussi, par voie de conséquence, l’image projetée est de prime importance.

C’est de la reconnaissance des autres que l’humain tire son identité, or, l’impermanence des émotions fait qu’il ne sait pas bien qui il est. La problématique du centre émotionnel est donc l’Identité.

Face à son incapacité à se faire apprécier de tous (y compris de lui-même), il se met à douter de sa capacité à être aimé pour qui il est, ce qui génère tristesse, culpabilité et honte, pas toujours conscientisées.

La question clé ici est « Qui ? » (…suis-je, m’aime, perçois qui je suis).

De l’Instinct d’adaptation au Monde au Centre Mental de l’ennéagramme

Situé dans le Néo-cortex, le centre mental cherche à avoir des informations et à rationaliser la vie afin de donner un sens au monde et à soi-même par le biais de l’analyse logique, du raisonnement, de l’imagination créatrice.

Il manipule des représentations pour comprendre des situations, bâtir des projets, prendre des décisions. Il étudie les possibilités et les perspectives et à ce titre est orienté vers le futur.

Il s’agit ici de prendre du recul, d’analyser la situation, et de réfléchir avant d’agir. L’enjeu qui se cache ici, rappelons-le, est de s’adapter au monde. Et pour s’y adapter, il doit pouvoir tout comprendre et expliquer, que cela se passe à l’intérieur ou dans le monde extérieur.

Face à notre incapacité à tout expliquer, notamment les émotions (les nôtres ou celles des autres), qui sont par essence irrationnelles, va naître une anxiété liée à la peur ne pas pouvoir être à la hauteur d’un monde imprévisible puisqu’inexplicable.

La question clé ici est « Pourquoi ? »(…faire ce choix,…je ressens ça,…agit-il comme ça).

Où il est question de Centres d’Energie dans l’ennéagramme

Chacun des trois centres est animé par une énergie émotionnelle différente, qui va donner une coloration spécifique à sa manifestation.

L’énergie associée au centre instinctif est la colère. Il s’agit bien d’une énergie qui vient des tripes, pas d’une colère « mentale » (« je vais me mettre en colère »). Une illustration parfaite de ce mécanisme consiste à observer les transformations de Bruce Banner en Incroyable Hulk lorsqu’il est soumis à un facteur de stress. Le centre instinctif est « seul face au monde », on est dans une énergie « expansive ». La problématique est « comment survivre ? ».

Le centre émotionnel, puise ses ressources dans un paradigme « moi et les autres ». Entre moi et les autres, il y a des émotions, un ressenti, qui changent tout le temps. Va donc se poser la question de définir son identité, c’est à dire ce qui ne change pas. La question posée est donc « Qui  suis-je ? ». Viens avec ceci la peur de ne pas être à la hauteur, on parlera alors d’une énergie de « dépression ».

Le centre mental essaie de gérer cet équilibre instable entre surpression et dépression, en organisant le futur. Mais comme le futur est toujours inconnu et imprévisible, il est en permanence marqué par l’anxiété de faire le mauvais choix, de se mettre à la mauvaise place. L’enjeu est ici : « Pourquoi prendre cette place là ? ».

Auto-conservation

Relation à l’autre

Adaptation au monde

Centre

Instinctif

Emotionnel

Mental

Besoin d’être

Accepté tel quel

Reconnu

Rassuré

Peur d’être

Sans importance, quantité négligeable

Ignoré, invisible

Plongé dans le chaos

Sentiment de

Manque de place pour exister

Manque de prise en compte

Manque de conseils fiables

Orientation temporelle

Passé

Présent

Futur

Question

Comment

Qui

Pourquoi

Enjeu

Le contrôle

L’image

La place

Problématique /énergie

Colère

Identité (honte)

Anxiété

Hiérarchie des Centres

Nous développons tous, donc, nos 3 centres, sur la base de nos 3 instincts primaires.

Selon les situations de vie, il est adéquat qu’un centre agisse plutôt qu’un autre et l’idéal serait que la triade soit équilibrée dans son fonctionnement de telle sorte que le centre instinctif soit aux commandes quand il est le plus approprié, le centre émotionnel quand c’est lui qui sait au mieux gérer les circonstances et le centre mental quand son domaine de compétences est en jeu.

Il en va malheureusement différemment et nous avons tous :

  • un centre préféré, que nous avons tendance à sur-utiliser, y compris dans les situations où ce n’est pas le meilleur choix ;
  • un centre de support, jouissant d’un statut intermédiaire ;
  • un centre réprimé, que nous sous-utilisons, ou auquel nous faisons appel dans les situations où il n’est pas le mieux à même de répondre.

Cette hiérarchie des centres induit l’utilisation de son centre préféré en situation de stress, de manière spontanée.

Prenons un exemple : L’avion vient de s’écraser, je suis le seul survivant :

  • si je fais appel à mon centre instinctif, je vais agir pour survivre, je passe immédiatement à l’action.
  • si je fais appel à mon centre émotionnel, je vais sans doute me laisser déborder par ma tristesse face à une telle catastrophe.
  • si je fais appel à mon centre mental, je vais être dans une hyper-lucidité de la situation, mais je ne vais pas bouger (« j’observe que le feu est en train de s’approcher »).

Tout l’enjeu se résume à notre capacité à jouer la bonne carte, le bon centre, au moment opportun : quand je joue une partie d’échecs, le centre mental m’est certainement très utile. Mais quand il s’agit de faire comprendre à l’autre combien je l’aime, il vaut mieux laisser s’exprimer le centre émotionnel.

Pour comprendre l’origine de cette hiérarchie, il est utile de se référer à la présence de nos 3 instincts vitaux (auto-conservation, relation à l’autre, adaptation au monde), présents dès la naissance sous forme d’états d’alerte (puisque l’enjeu in-fine est la survie).

Très vite, les stimulis reçus sont perçus comme des sollicitations de ces états d’alerte, et les boucles de rétroactions qui en découlent, vont avoir pour conséquences de nous permettre de répondre aux questions :

  • Dans quel état suis-je maintenant ? Suis-je en sécurité ? Mes besoins physiologiques sont-ils pris en comptes et acceptés ? Puis-je subsister ? Comment suis-je traité ?
  • Qui s’occupe de moi ? Suis-je désiré et aimé ? Puis-je m’affirmer/exister ? Quelle image me renvoie-t-on de moi ?
  • Où je suis ? Quels sont mes repères ? Ais-je ma place ? Puis-je faire partie de la famille ? Va-t-on s’occuper de moi ou me prendre en compte ?

L’idée sous-jacente est que plus j’accumule ce que je vis comme étant de mauvaises expériences dans un des trois domaines, plus je vais avoir tendance à surinvestir mes capacités d’apprentissage dans ce domaine, pour faire face au monde, et y survivre.

Formulé autrement, on pourrait dire « plus je sens que la pression augmente sur un de mes boutons rouges, plus je dois développer d’armure autour de ce bouton ». En somme, nous devenons, avec le temps « ultra-compétent » pour utiliser le centre correspondant à l’instinct le plus menacé.

Quand au centre réprimé, il correspond au domaine qui, ayant été le moins sollicité, n’a pas fait l’objet d’un développement suffisant, et reste donc négligé.

 

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