La génèse de la personnalité

De l’Instinct

L’instinct s’inscrit dans l’ordre de ce qui est hérité, c’est-à-dire de l’histoire de l’espèce.

Il s’agit d’un ensemble de séquences motrices innées, préprogrammées au sein du système nerveux et permettant la réalisation de comportements, sans aucun apprentissage.

Ils sont :

  • uniformes chez tous les membres de la même espèce,
  • parfaitement adaptés à leur objectif,
  • non susceptibles d’évoluer sous l’effet d’un apprentissage.

La notion d’instinct exclue toute forme de connaissance consciente de la finalité, de raisonnement, ni de volonté.

Il s’agit bien d’un élan naturel inné. Il suffit pour s’en persuader de constater que la présence d’un stimulus, n’est même pas nécessaire (c’est à dire de comportements « à vide ») :

  • Un oiseau, par exemple, peut très bien accomplir tous les gestes de la chasse aux insectes alors qu’il n’y a aucun insecte près de lui et qu’il n’a jamais été témoin d’un comportement semblable chez un autre oiseau.
  • Les mouches mutantes, nées sans ailes, exécutent les mêmes mouvements de nettoyage des ailes que leurs congénères normalement constituées.
  • Un chat tente d’enterrer ses excréments en grattant par terre même s’il a toujours vécu dans un appartement, où il ne peut gratter que le parquet ou le carreau.

Chez l’insecte où chez le reptile, la part instinctive est prédominante dans les comportements (l’araignée tisse sa toile sans que personne ne lui ai appris), le serpent chasse et gère ses rythmes biologiques…

En quelque sorte, l’instinct, est immuable et omniprésent, il fait partie de la pulsion de vie. Il constitue la Nature.

L’instinct a une Grande Vocation : LA SURVIE (de l’individu, et de l’espèce).

De l’Inné et de l’Acquis

Aucun apprentissage n’est possible s’il n’existe pas de mécanismes génétiquement déterminés qui permettent d’apprendre. En d’autres termes, un animal ne peut apprendre que ce pour quoi son système nerveux est conçu.

Chez l’homme, par exemple, la langue n’a rien de génétique, mais la faculté d’apprendre une langue dépend de ses capacités innées.

C’est une grande erreur d’opposer l’inné et l’acquis comme des réalités contradictoires, à la façon d’un jeu où tout ce qui est gagné par l’un est automatiquement perdu par l’autre.

L’inné et l’acquis se combinent, si bien qu’aucune de ces deux notions ne peut être conçue indépendamment de l’autre.

Si l’on prend l’exemple de l’expérience bien connue de Konrad Lorenz sur les Oies Cendrées, on y voit que dès les premières semaines de son existence, un instinct pousse le petit animal à s’identifier au premier être vivant qu’il rencontre, à rechercher sa présence et à le suivre constamment.

Le plus souvent, il s’agit de sa mère, mais il peut aussi bien s’agir d’un être humain. Konrad Lorenz a pu ainsi se faire suivre pendant des mois par une nichée d’oies sauvages qu’il avait élevées dès la naissance.

C’est la nature (l’inné), explique-t-il, qui dit au petit animal qu’il doit s’attacher à quelqu’un, mais c’est la culture (l’acquis) qui lui suggère qui il doit suivre.

En ce qui concerne l’humain, sa grande faculté d’apprendre résulte, par rapport aux animaux, d’un ajout massif de mécanismes innés d’apprentissage : faculté d’apprendre une langue, une culture, des concepts…

Toutes les activités biologiques fondamentales comme la miction, la défécation, la nutrition, le toilettage et autres sont innés.

Le bébé sait instinctivement comment manger, il est capable, après rodage moteur, d’apporter la nourriture à sa bouche avec ses mains, de goûter et de cracher ce qu’il n’aime pas, il sait instinctivement mâcher et déglutir mais il ne sait pas utiliser une fourchette.

L’homme n’apprend pas à uriner, déféquer, manger ou à se toiletter mais comment il doit le faire au sein de sa socioculture.

Les Instincts chez l’Homme

Il subsiste de nombreux débats sur la présence en nombre d’instincts primitifs chez l’Homme, c’est à dire communs à toute l’espèce et indépendants de son environnement.

Tout le monde est cependant d’accord sur l’existence d’instincts archaïques, que l’on teste d’ailleurs chez le nouveau-né, pour vérifier s’il est en bonne santé !

L’instinct de succion–>Survie implique Auto-conservation
Il s’agit d’un instinct naturel de survie qui lui sert à se nourrir ! Lorsque l’on présente le sein, un biberon ou même un doigt à un nouveau-né, il se met à téter immédiatement.
Il est également utile de souligner que cet instinct est à priori le seul qui soit, chez l’Homme capable de tourner « à vide » (le bébé suce, même si on ne lui présente rien).

L’instinct des points cardinaux–>Survie implique Relation
Si on lui caresse la joue, bébé va immédiatement tourner la tête du côté d’où vient la stimulation. Cet automatisme l’aide à trouver sa nourriture.

Le « grasping » Instinct d’agrippement–>Survie implique Relation (fusion, même dans ce cas)
Si vous mettez votre doigt dans la main de votre bébé, il le serrera immédiatement de toutes ses forces ! Vous pouvez d’ailleurs le soulever en position assise si vous lui donnez deux doigts…

Le réflexe de Moro–>Survie implique Auto-conservation
Soulevé par les deux mains à quelques centimètre du plan sur lequel il est allongé, le bébé est « lâché » brusquement » ; il déploie alors ses bras, doigts écartés, puis les ramène croisés sur sa poitrine, poings fermés. Ce réflexe, également appelé « réflexe du parachutiste » , survient lorsque votre enfant est effrayé ou surpris.

L’Instinct de la marche automatique–>Survie implique aller à la Rencontre du monde
Si on tient bébé sous les aisselles en position verticale et que ses pieds touchent une surface plane, vous remarquerez qu’il a immédiatement le réflexe de mettre un pied devant l’autre !

On peut donc distinguer chez l’Homme 3 grandes caractéristiques Instinctives :

  1. L’auto-conservation : des pulsions physiologiques me tiraillent (faim, sommeil, chaleur…)
  2. La relation à l’autre : Pour assouvir la tension générée, la relation à l’autre est primordiale, car lui (ou plutôt elle) seul peut les assouvir.
  3. L’adaptation au monde : Pour pérenniser ma vie il faut que mes comportements reflètent mon identité d’individu issu de la famille.
Enneagramme_PEARL_Instinct_Survie

Le Processus de développement de la personnalité

Chez l’Homme, donc, l’ajout massif de mécanismes d’apprentissages innés s’est accompagné de la disparition de nombreux Instincts.

En fait, ceux qui subsistent et dont nous avons parlé (Auto-conservation, Relation à l’autre, Adaptation au Monde) sont des « embryons d’instinct », plus câblés pour « savoir apprendre » que « savoir faire ».

Donc si l’Homme est si « évolutif » c’est parce que :

  • Il n’est pas conditionné par des « câblages originels » trop complets et trop rigides.
  • Il est doté de l’équipement pour apprendre, pour s’adapter.

Mais d’un autre côté, c’est aussi ce qui le rend le plus vulnérable, tant qu’il n’a pas « appris », qu’il n’a pas exploité son potentiel d’intelligence, de liberté, d’autonomie. L’Etre Humain à ce stade est dans un Etat de totale dépendance vis à vis de son environnement.

Il y a donc un grand vide laissé par la quasi disparition des instincts structurants d’une part, et des aptitudes (pensée, ressenti et action autonome) à développer, d’autre part.

La nécessité Instinctive de combler ce vide, d’apprendre, est à la genèse de la dynamique de construction de la personnalité.

Voyons comment cela se déroule :

Au début, nous avons nos trois « Etats d’alerte latents », 3 impératifs primordiaux. 3 « Boutons rouges »…, Ils prennent toute la place.

Enneagramme_Instincts_Survie

1. Ce qui se passe dans l’environnement (intérieur ou extérieur) fait d’abord l’objet d’une sensation, d’une tension, qui me renseigne sur « Mon Etat ». Ex : la faim me tiraille

2. S’en suit une « Pulsion » un ressenti, bref l’émergence d’un besoin. Ex : je dois être nourri

3. Enfin, il y a une interprétation de ces données pour fournir, en réaction au besoin, un comportement adapté, visant à combler ce besoin, cette pulsion et à apaiser la tension. Ex : je pleure

4. Il y a une rétroaction, ou feedback, que je perçois, et qui me renseigne sur « Mon Etat ». Ex : le sein m’est donné et ma tension baisse

5. La sensation qui en découle est vécue comme agréable ou désagréable. Rappel : étant dans le domaine des instincts, le fonctionnement est très binaire (Yin/Yang,Blanc/Noir,Bon/Mauvais,Vrai/Faux etc).

6. Une évaluation est faite entre l’action et l’expérience de la réaction, visant à déterminer si l’action est adaptée ou pas en fonction du stimulus d’origine.

7. En découle un choix (inconscient, car instinctif) :

  • Soit l’expérience est perçue comme étant adaptée, et elle deviendra un Réflexe ou une habitude.
  • Soit l’expérience est perçue étant comme inadaptée : le ressenti, l’analyse ou l’action seront alors modifiés ou supprimés.
Enneagramme_PEARL_Personnalite

En synthèse, l’enchaînement est le suivant : les conditions de vie (stimuli) activent des capacités cérébrales (Instincts) qui permettent de manifester un niveau d’existence à l’intérieur de soi et dans le monde (personnalité).

L’interaction sociale va jouer un rôle majeur dans ce processus : elle permet à l’enfant, par l’expérimentation et la sélection progressive d’attitudes comportementales de progresser dans son individuation et dans ses capacités d’adaptation.

Sur la base de chacun de ces 3 instincts primaires, donc, nous allons développer très tôt dans l’enfance, sous l’effet de l’apprentissage, 3 ensembles de mécanismes d’adaptation, que l’Ennéagramme nomme « Centres », et dont l’utilisation va influencer la manière dont :

  • Nous percevons
  • Nous ressentons
  • Nous décidons
  • … et donc nous réagissons (mécanisme de boucles successives).

Ces mécanismes forment notre « personnalité-ego », qui a pour utilité de « combler le vide » ou « chaos » qui existe entre la disparition de l’instinct animal sûr et la non éclosion de la pleine conscience.

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